Retrouvant avec le printemps l'activité de randonnée et les petits groupes qui serpentent sur les chemins des Hauts de France, nous avons organisé une première sortie en Mars sur le site de la boucle du Haut Escaut, circuit sur lequel nous n'étions plus revenus depuis quelques années.
Départ d'une quinzaine de mordus à Crèvecoeur sur Escaut, cap sur Les Rues des Vignes via la voie de l'Echauguette, passage à l'Abbaye de Vaucelles, nichée dans son beau bosquet campagnard, puis direction Bantouzelle, où les grands arbres qui bordaient la route d'accès ont disparu voici quelques années, laissant place à une entrée d'une platitude désolante. Nous retrouvons bientôt la voie des champs, où les premiers labours ont été engagés, des champs parfois jalonnés de quelques obus déterrés par les agriculteurs et placés en bord de chemin dans l'attente d'un passage du service de déminage. Peu de surprises à ce stade du circuit pour les randonneurs - une petite moitié du groupe - qui avaient déjà effectué le parcours auparavant, mais le plaisir de retrouver ce sentiment de solitude et de liberté.
A Honnecourt sur Escaut, nous quittons les champs pour descendre vers la rue de Nobleville à l'entrée de cette commune que nous appréciions pour son écrin vert, village dans nos esprits noyé dans un assez dense cocon d'arbres et de verdure. Mais là, nous avons été heurtés par le spectacle qui s'offrait à nos yeux: des arbres nombreux qui peuplaient la droite de la rue de Nobleville, pêle-mêle, peupliers, frênes, hêtres, il ne restait quasiment plus rien que des troncs épars et des branchages jonchant le sol. Livrés aux bûcherons par le ou les propriétaires de ces parcelles, leur abattage laissait les pâtures orphelines et nues. Un saccage navrant, désolant, de quoi faire périr de chagrin un vishnoï, membre de cette peuplade indienne qui respecte toute forme de vie, animale ou végétale et grands défenseurs des arbres devant l'Histoire. Le même spectacle devait hélas se répéter au bout de la rue de Franqueville, avant que nous ne reprenions le chemin menant à Vendhuile, via l'ancienne "carrière à mouches". Une centaine d'arbres - qui n'étaient pas atteints par la moindre maladie, précisons-le ! - ont ainsi été abattus à la fin de cet hiver et un compagnon de marche, dont le fils est ingénieur en sylviculture, nous expliqua alors que, vu l'engorgement de ces pâtures, la nappe phréatique doit être très haute, en conséquence de quoi l'abattage de tous ces arbres était une hérésie, chacun d'entre eux pompant en moyenne deux à trois cents litres d'eau par jour... Il nous laissa nous imaginer ce que l'absence de cette centaine d'arbres allait générer comme risque d'inondation pour ces parcelles de la commune... Cela nous fit froid dans le dos et nous laissa très méditatifs sur les conséquences de la bêtise ou du mercantilisme des hommes, voire les deux conjugués... Inutile de vous dire que ce triste spectacle doucha notre enthousiasme et gâcha passablement notre plaisir de randonneurs.
Il fallut le spectacle des cervidés gambadant dans les champs à l'approche de Vendhuile, et, de nouveau du côté d'Aubencheul-au-bois, il fallut également la redécouverte de l'architecture de la très belle école communale de Vendhuile pour que nous retrouvions notre bonne humeur et le sourire, avant de reprendre notre progression de retour au milieu des champs, grand sentiment d'espace et de liberté, jusqu'à Vaucelles où nous fîmes halte pour le casse-croûte rituel qui précède le retour de chacun dans ses foyers, assez loin de ce val qui ne manque pas de charme, même si ses habitants ne semblent pas toujours très conscients du patrimoine naturel dont ils ont hérité et qu'ils devraient beaucoup mieux préserver !
Jean Ferrat - "Mon pays était beau"
Mon pays était beau
D'une beauté sauvage
Et l'homme le cheval et le bois et l'outil
Vivaient en harmonie
Jusqu'à ce grand saccage
Personne ne peut plus simplement vivre ici
Il pleut sur ce village
Aux ruelles obscures
Et rien d'autre ne bouge
Le silence s'installe au pied de notre lit
O silence
Tendre et déchirant violon
Gaie fanfare
Recouvre-nous
Du grand manteau de nuit
De tes ailes géantes
Mon pays était beau
D'une beauté sauvage
Et l'homme le cheval et le bois et l'outil
Vivaient en harmonie
Jusqu'à ce grand saccage
Personne ne peut plus simplement vivre ici
D'une beauté sauvage
Et l'homme le cheval et le bois et l'outil
Vivaient en harmonie
Jusqu'à ce grand saccage
Personne ne peut plus simplement vivre ici
Il pleut sur ce village
Aux ruelles obscures
Et rien d'autre ne bouge
Le silence s'installe au pied de notre lit
O silence
Tendre et déchirant violon
Gaie fanfare
Recouvre-nous
Du grand manteau de nuit
De tes ailes géantes
Mon pays était beau
D'une beauté sauvage
Et l'homme le cheval et le bois et l'outil
Vivaient en harmonie
Jusqu'à ce grand saccage
Personne ne peut plus simplement vivre ici
